lundi 28 mai 2012

Une Syrah volcanique, fille de l'Arkose

C’est toujours avec curiosité et plaisir que je lis les articles publiés dans les Vendredis du Vin (VdV) sur Facebook[1]. C’est l’occasion de découvrir de nouvelles cuvées, d’avoir envie de goûter à nouveau un vin ou un domaine quelque peu oublié ou d’avoir un autre regard sur une cuvée que l’on connaît. Jusqu'à présent j’étais un membre passif : je me contentais de lire les autres. Et puis, en ce mois de mai (bien capricieux), le président du mois DocAdn, nous propose pour les VdV #46 comme thématique : Syrah la globe-trotteuse enjoleuse.

Dans mon esprit, telle une ampoule qui s’allume, apparaît une bouteille. Et si, pour une fois, je présentais une cuvée ? Le plus difficile dans cet exercice facebookien étant de choisir ‘le’ vin à présenter, je n’ai plus vraiment d’excuse pour ne pas écrire un article. Après un clic d’inscription, plus de possibilité de me défiler !

Lorsque l’on pense à la Syrah, en France, on y associe volontiers la Vallée du Rhône. Pourtant cette Syrah, comme le dit si bien notre président des VdV #46, est un cépage voyageur que l’on retrouve sur bien des terroirs et climats différents. Elle est un peu victime de sa notoriété, on la plante dans bon nombre d’endroits sur le globe mais cette diversité géographique n’aboutit pas toujours à l’élaboration de grands vins.
La syrah n’est pas « une bonne fille »[2]. Peu productive, si l’on cherche à tout prix à augmenter les rendements cela n’aboutit qu’à élaborer des vins médiocres, sans grande qualité aromatique. Elle est aussi fragile, outre sa sensibilité aux maladies et aux parasites, ses rameaux se cassent facilement sous l’action de vents violents. Il faut la bichonner avec grand soin.

Tout cela est bien intéressant mais qu’est ce que l’on boit ? Je ne vous emmènerai pas en dehors des frontières de l’Hexagone mais en son centre pour y découvrir une syrah volcanique. Les Terrasses d’Yvan Bernard, vigneron en Auvergne. Les vignes sont une sélection massale[3] de Syrah de la Côte-Rotie et de ‘Petite Syrah’[4] provenant de la vigne conservatoire d’Authezat[5]. Elles sont plantées sur des terrasses à 400 mètres d’altitude, sur le terroir d’Arkose du beau village de Montpeyroux, en Auvergne. 


Mais qu’est-ce que l’Arkose ? C’est une roche friable composée d’éléments granitiques. Plus exactement c’est un grès composé de quartz et de feldspath (contenant parfois du mica), résultant de la cimentation d'éléments provenant de la désintégration du granite (source :Trésor de la Langue Française Informatisé). Cette roche peut être grise, jaune ou légèrement rougeâtre. Elle était utilisée comme pierre de construction pour les églises romanes auvergnates ou les maisons paysannes. Grâce à cette Arkose, le village de Montpeyroux dégage une magnifique lumière cuivrée. 

Arkose jaune
Lorsqu’Yvan Bernard s’installe sur la commune, il découvre des terrasses abandonnées dont certaines presque en ruine. Il décide de réhabiliter ces terrasses pour y planter de la vigne afin de faire revivre cet ancien terroir viticole. Ainsi, il entame la reconstruction des terrasses alors que d’autres les détruisent ailleurs dans le vignoble pour faciliter la mécanisation. C’est aussi ce vigneron qui conduit la vigne conservatoire d’Authezat en bio. Je me demande d’ailleurs combien de vignes conservatoires sont conduites en bio, en France ? Aujourd’hui, il a franchi un nouveau cap en s’intéressant à la biodynamie et en commençant à la pratiquer sur ses vignes. 

Destruction des terrasses à Boudes
Que donne cette syrah, plantée sur Arkose ? Et bien, c’est plutôt pas mal. Nous sommes loin de la Syrah capiteuse et manquant de finesse. C’est une Syrah sur la fraîcheur et la buvabilité avec des tannins au grain lisse. A la première gorgée, on croque des fruits rouges bien juteux, saupoudrés d’épices. On retrouve bien-sûr le poivre mais je ne saurai dire s’il vient du cépage ou du terroir tant les notes poivrées sont caractéristiques de nos vins auvergnats. Ensuite apparaît le léger boisé qui s’intègre sans alourdir le jus de notes vanillées marquées. Au final, c’est une syrah fruitée, fraîche et gourmande. Une syrah d’Auvergne, fille de l’Arkose. 

Montpeyroux, Auvergne



[1] Le dernier vendredi de chaque mois : les blogueurs (et amateurs sans blog) partagent des notes de dégustation de vins, sur un thème sélectionné par le blogueur-président du mois. http://vendredis.wordpress.com/
[2] « La vigne est une bonne fille », expression populaire de l’ancienne génération de vignerons auvergnats concernant la vigne. Elle est considérée comme une plante résistante et productive.
[3] Sélection traditionnelle prélevée sur les bois des plus beaux ceps de vigne que l'on reproduit par greffage. Son principal objectif consiste à maintenir la diversité des plants à l'inverse de la sélection clonale. La sélection massale s'effectue par marquage des pieds de vigne d'une parcelle. (sources Encyclopédie de la Vigne, du Vin et des Alcools)
[4] La petite syrah n’est autre que le Durif, cépage originaire du dauphiné qui est le résultat du croisement spontané des cépages Syrah et Peloursin.
[5] Une vigne conservatoire a été créée à Authezat afin de préserver la richesse ampélographique auvergnate. On y trouve une vingtaine de plants différents de Gamay d’Auvergne et des cépages aujourd’hui presque disparus tels que l’Epinou, le Noirfleurien, le Portuguais bleu ou le Canari. Ceci n’aurait pas été possible sans le travail de recherche au sein du vignoble de Pierre Sucheyre, ancien technicien viticole, aujourd’hui à la retraite.

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